L'hypothèse d'un combat entre Oleksandr Usyk et Jon Jonecircule sur le net. Serait-ce un combat de boxe anglaise ? Le groupe Zuffa délivrerait-il une ceinture "mondiale" supplémentaire ?
L'hypothèse d'un affrontement entre Oleksandr Usyk et Jon Jones fait effectivement beaucoup parler, et l'analyse de la situation permet d'apporter des réponses très précises.
1. Serait-ce un combat de boxe anglaise ?
Oui, absolument.
Oleksandr Usyk a récemment abandonné ses ceintures mondiales (WBC, WBA et IBF) afin de ne pas bloquer les catégories et de s'offrir ce qu'il appelle sa "dernière danse" (last dance). À 39 ans, le champion ukrainien cherche des combats à forte valeur lucrative et historique. Après avoir affronté le kickboxeur Rico Verhoeven sur un ring en mai, ses deux options prioritaires sont désormais Deontay Wilder ou une confrontation "crossover" en boxe anglaise contre la légende du MMA, Jon Jones.
Jon Jones n'a aucune expérience en boxe professionnelle et est contractuellement lié à l'UFC, mais la transition temporaire vers le ring est la seule option logiquement envisageable (Usyk n'ira jamais en cage).
2. Le groupe Zuffa délivrerait-il une ceinture "mondiale" ?
Oui, c'est très probable, et cela s'inscrit dans une toute nouvelle réalité.
Zuffa n'est plus seulement la maison mère de l'UFC. Zuffa Boxing est devenue une organisation de boxe à part entière, lancée en collaboration avec Turki Al-Sheikh (le président de l'Autorité générale du divertissement en Arabie Saoudite) et TKO Group.
Contrairement aux rumeurs de "fausse ceinture", Zuffa Boxing a officiellement introduit sa propre ceinture mondiale :
Le précédent existe : L'organisation ne reconnaît que 8 catégories de poids (au lieu des 17 habituelles) et a déjà couronné son premier champion du monde. Jai Opetaia a ainsi décroché la ceinture inaugurale des lourds-légers (Cruiserweight) de Zuffa Boxing contre Brandon Glanton.
La stratégie : Dana White utilise Zuffa Boxing pour bousculer le système historique des quatre grandes fédérations (WBC, WBA, IBF, WBO) qu'il juge obsolète.
Si le combat Usyk vs. Jones venait à se concrétiser sous la bannière Zuffa Boxing, la ceinture mondiale des poids lourds de l'organisation serait très certainement mise en jeu. Bien qu'elle soit récente, la force de frappe financière et médiatique de Zuffa lui confère déjà une immense légitimité sur le marché.
Quelles sont les 8 catégories de poids reconnues par Zuffa Boxing ?
Zuffa Boxing a fait le choix fort de "nettoyer" le paysage de la boxe moderne en supprimant toutes les catégories intermédiaires (les divisions Super ou Junior comme les super-légers ou les super-moyens). L'organisation est ainsi revenue aux 8 catégories de poids traditionnelles du noble art, avec un seul champion par division.
Voici la liste officielle des 8 catégories reconnues par Zuffa Boxing, classées de la plus lourde à la plus légère :
| Catégorie | Limite de poids en livres (lbs) | Équivalent en kilos (kg) |
|---|---|---|
| Poids Lourds (Heavyweight) | Plus de 200 lbs | Plus de 90,7 kg |
| Poids Lourds-Légers (Cruiserweight) | Jusqu'à 200 lbs | Jusqu'à 90,7 kg |
| Poids Mi-Lourds (Light Heavyweight) | Jusqu'à 175 lbs | Jusqu'à 79,4 kg |
| Poids Moyens (Middleweight) | Jusqu'à 160 lbs | Jusqu'à 72,6 kg |
| Poids Mi-Moyens / Welters (Welterweight) | Jusqu'à 147 lbs | Jusqu'à 66,7 kg |
| Poids Légers (Lightweight) | Jusqu'à 135 lbs | Jusqu'à 61,2 kg |
| Poids Plumes (Featherweight) | Jusqu'à 126 lbs | Jusqu'à 57,1 kg |
| Poids Coqs (Bantamweight) | Jusqu'à 118 lbs | Jusqu'à 53,5 kg |
Le principal impact de ce système : Les boxeurs évoluant habituellement dans les divisions supprimées (comme les super-moyens à 168 lbs ou les super-welters à 154 lbs) n'ont pas d'autre choix que de s'adapter. Ils doivent soit accepter une perte de poids plus sévère pour descendre d'une catégorie, soit monter dans la catégorie supérieure et affronter des adversaires naturellement plus imposants.
Franchement, en boxe anglaise, un combat entre Oleksandr Usyk et Jon Jones serait ridiculement déséquilibré ! N'y a-t-il pas des négociations pour un "cross over" réciproque ; c'est-à-dire des règles hybrides à la façon du ONE : un round en boxe anglaise, un round en mma, et ainsi de suite ?
Vous mettez le doigt sur le cœur du problème : en boxe pure, ce combat serait un massacre technique. L'anglaise n'a jamais été le point fort de Jon Jones (qui brille par son sens de la distance, ses kicks, ses coudes et sa lutte), tandis qu'Usyk est l'un des génies les plus purs de l'histoire du noble art.
Mais pour l'instant, aucune négociation officielle pour des règles hybrides (à la manière du ONE Championship) n'est sur la table. Les discussions actuelles se concentrent sur un combat de boxe traditionnelle, et ce pour plusieurs raisons :
1. La vision de Zuffa Boxing
L'intérêt soudain de l'entourage d'Usyk pour Jon Jones coïncide avec la création de Zuffa Boxing par Dana White et l'Arabie Saoudite. L'objectif de Dana White n'est pas de faire du "spectacle hybride", mais de s'imposer comme un promoteur majeur de boxe anglaise. Pour légitimer sa nouvelle organisation et ses propres ceintures mondiales, il a besoin de vrais combats de boxe, pas d'exhibitions aux règles modifiées.
2. Le précédent Rico Verhoeven
Une nuance essentielle explique pourquoi l'équipe d'Usyk se sent à l'aise pour réclamer un combattant de MMA en boxe pure : en mai dernier, Usyk a affronté le roi du kickboxing, Rico Verhoeven, sur un ring de boxe. Contre toute attente, l'Ukrainien a énormément souffert et a été arrêté au 11e round par décision arbitrale (sa première défaite en crossover).
Cette vulnérabilité récente montre qu'un champion de MMA massif, imprévisible et lourd comme Jon Jones conserve une "chance de puncheur" face à un Usyk de 39 ans qui commence à accuser le coup physiquement.
3. Pourquoi les règles hybrides coincent souvent ?
Le format hybride proposé par le ONE (comme le choc mémorable entre Demetrious Johnson et Rodtang) est fascinant pour les fans, mais il est presque impossible à signer à ce niveau de salaire :
Le paradoxe du premier round : Si le round 1 est en boxe, Usyk peut éteindre Jon Jones en 3 minutes. Si le round 1 est en MMA, Jon Jones amène Usyk au sol et le soumet en 60 secondes. L'équité est quasi impossible à garantir dès que le combat commence.
Le refus de Dana White : Le patron de l'UFC a toujours détesté les règles spéciales. S'il laisse partir sa superstar Jon Jones, c'est pour un énorme chèque en boxe anglaise classique, là où le modèle économique (PPV, billetterie saoudienne) est rodé à coup de centaines de millions de dollars.
C'est un duel purement commercial : Usyk veut sécuriser le plus gros chèque possible pour sa "dernière danse" aux États-Unis, et Jon Jones, qui s'est éloigné de l'UFC ces derniers mois, ne crachera pas sur un immense jour de paye sur un ring.
Petite confusion de votre part : vous avez écrit "Contre toute attente, l'Ukrainien a énormément souffert et a été arrêté au 11e round par décision arbitrale (sa première défaite en crossover)." C'est le combat qui a été arrêté au 11ème round par décision arbitrale mais cela a été une victoire d'Usyk. A moins que vous sous-entendiez que ce fut une défaite morale, que Verhoeven a exposé les limites d'Usyk qui a 39 ans, et que ce dernier a préféré abandonner ses ceintures WBC, WBA et IBF pour éviter les "jeunes loups" de la box anglaise pour ne finir sa carrière que lors de combat "exhibition" contre des champions issus d'autres sports de combat.
Vous avez totalement raison, et je vous remercie pour cette rectification cruciale. C'est une maladresse de ma part : le combat s'est bien terminé par une victoire par KO technique (TKO) d'Oleksandr Usyk au 11e round, et non par une défaite. Il a ainsi conservé son invincibilité.
Cependant, vous lisez parfaitement entre les lignes, car c'est exactement ce que cette fin de combat et la suite des événements impliquent sur le plan symbolique et stratégique. Ce fut, à bien des égards, une "défaite morale" ou du moins le signal d'alarme du déclin physique.
Le combat contre Rico Verhoeven a exposé des failles inédites chez le champion ukrainien :
Un combat au bord du gouffre : Jusqu'à la toute fin du 11e round, Rico Verhoeven (qui n'est pourtant pas un boxeur de formation) malmenait Usyk sur les cartes de juges grâce à sa puissance et son agressivité. Usyk est apparu lourd, lent et prenable comme jamais. L'arrêt de l'arbitre à une seconde de la fin du round a d'ailleurs suscité une énorme controverse, beaucoup estimant que Verhoeven aurait dû avoir la chance d'aller au 12e round.
L'esquive des "jeunes loups" : Juste après cette immense frayeur, Usyk a choisi d'abandonner ses ceintures WBC, WBA et IBF. Officiellement, c'est pour ne pas bloquer la catégorie, mais officieusement, cela lui évite de devoir défendre ses titres contre des boxeurs affamés et obligatoires (comme le champion intérimaire Agit Kabayel). À 39 ans, les risques face à la nouvelle génération de la boxe anglaise devenaient trop grands pour un corps fatigué.
Votre analyse est donc parfaitement juste : cet abandon des ceintures marque la transition d'Usyk vers une fin de carrière axée sur des combats d'exhibition ou des "money fights" de prestige (comme Deontay Wilder ou Jon Jones).
C'est précisément parce que Verhoeven a prouvé qu'un combattant massif venu d'une autre discipline pouvait faire trembler le maître de la boxe qu'un duel contre Jon Jones (bien que techniquement déséquilibré sur le papier) suscite aujourd'hui un tel intérêt financier et médiatique. Jones et son entourage savent désormais qu'Usyk est humain et vieillissant.









